Hémorroïdes, les signes qui doivent pousser à consulter

Un peu de sang sur le papier toilette, une gêne en position assise, une petite boule qui apparaît après un effort. Beaucoup de gens reconnaissent ces signes et concluent aussitôt à une crise d'hémorroïdes. Le plus souvent, ils ont raison. Le sujet reste pourtant tabou, et cette gêne pousse à s'automédiquer pendant des semaines sans jamais montrer la zone à un médecin. Or certains symptômes méritent un avis médical rapide, justement parce qu'ils peuvent ressembler à autre chose. Voici comment faire la part des choses.

Les hémorroïdes, une structure normale qui peut s'enflammer

Tout le monde a des hémorroïdes. Ce sont des coussinets veineux situés dans le canal anal, qui participent à la continence. On parle de maladie hémorroïdaire lorsqu'ils se dilatent, s'enflamment ou glissent vers l'extérieur.

On distingue deux formes. Les hémorroïdes internes se trouvent à l'intérieur du canal anal et saignent volontiers sans faire mal. Les hémorroïdes externes se situent sous la peau de la marge anale et deviennent douloureuses lorsqu'un caillot s'y forme, ce qu'on appelle une thrombose hémorroïdaire.

La constipation, les efforts de poussée, la grossesse, la station assise prolongée ou le port de charges lourdes favorisent les crises.

Les symptômes habituels d'une crise

Une crise hémorroïdaire se manifeste le plus souvent par un ou plusieurs de ces signes :

  • Du sang rouge vif, en petite quantité, sur le papier ou à la surface des selles, juste après être allé à la selle,
  • Des démangeaisons ou une sensation de brûlure autour de l'anus,
  • Une gêne, une pesanteur ou une impression d'évacuation incomplète,
  • Une petite masse molle qui sort lors des efforts et rentre ensuite d'elle-même,
  • Une boule bleutée, dure et très douloureuse en cas de thrombose externe.

Ces symptômes évoluent par poussées. Ils s'améliorent en général en quelques jours avec des mesures simples, une meilleure hygiène de vie et les traitements locaux conseillés en pharmacie. C'est précisément cette évolution qui sert de repère. Une crise qui passe est rassurante. Des symptômes qui durent ou changent de nature le sont beaucoup moins.

Les signes qui doivent alerter

Le piège, c'est que plusieurs maladies de la région anale et du rectum donnent des signes proches. Fissure, fistule, abcès, polype du rectum, maladie inflammatoire de l'intestin, et plus rarement un cancer. Les symptômes du cancer de l'anus ressemblent par exemple beaucoup à ceux des hémorroïdes, avec des saignements, des démangeaisons, une douleur ou la perception d'une masse. Ce cancer reste peu fréquent, mais il est souvent diagnostiqué tard parce que les patients pensent à une simple crise.

Il faut donc consulter sans attendre dans les situations suivantes :

  • Des saignements qui persistent au-delà de deux à trois semaines, qui reviennent souvent ou qui sont abondants,
  • Du sang foncé ou mélangé aux selles, plutôt que du sang rouge vif en surface,
  • Une boule dure, qui ne rentre pas, grossit ou saigne au contact,
  • Une douleur qui ne cède pas aux traitements habituels,
  • Un changement durable du transit, avec alternance de diarrhée et de constipation,
  • Des écoulements, une plaie qui ne cicatrise pas ou un ganglion dans le pli de l'aine,
  • Une fatigue inhabituelle ou une perte de poids sans explication.

L'âge compte aussi. Après 50 ans, tout saignement par l'anus justifie un avis médical, même si des hémorroïdes sont déjà connues. Avoir eu des hémorroïdes par le passé ne protège pas d'une autre maladie.

Certaines personnes ont intérêt à être encore plus attentives. Le cancer de l'anus est lié dans la grande majorité des cas à une infection persistante par le papillomavirus (HPV). Le tabac et une baisse des défenses immunitaires, par exemple après une greffe ou en cas d'infection par le VIH, augmentent aussi le risque.

Comment se passe la consultation

Le premier interlocuteur est le médecin traitant. Il pose des questions sur l'ancienneté des symptômes, le transit, les antécédents personnels et familiaux. Il examine ensuite la marge anale et pratique en général un toucher rectal. L'examen est rapide et peu douloureux.

Si le doute persiste, il oriente vers un proctologue ou un gastro-entérologue. Celui-ci peut réaliser une anuscopie, qui permet de voir l'intérieur du canal anal à l'aide d'un petit tube, au cabinet et sans anesthésie. Selon l'âge et les symptômes, une coloscopie peut être proposée pour vérifier l'ensemble du côlon et du rectum.

Dans l'immense majorité des cas, le diagnostic confirme une maladie hémorroïdaire ou une fissure, et un traitement adapté soulage. Lorsqu'une lésion suspecte est découverte, une biopsie permet de trancher. Plus elle est faite tôt, plus les traitements sont simples.

Limiter les crises et rester vigilant

Quelques habitudes réduisent nettement la fréquence des crises :

  • Manger suffisamment de fibres, avec des fruits, des légumes, des légumineuses et des céréales complètes,
  • Boire régulièrement tout au long de la journée,
  • Aller à la selle dès que le besoin se fait sentir, sans forcer,
  • Ne pas s'attarder aux toilettes, le téléphone à la main,
  • Bouger chaque jour, surtout en cas de travail assis.

Deux gestes de prévention dépassent la seule question des hémorroïdes. La vaccination contre le papillomavirus, proposée aux filles comme aux garçons dès 11 ans, protège contre plusieurs cancers liés à ce virus. Et entre 50 et 74 ans, le dépistage organisé du cancer colorectal repose sur un test à faire chez soi tous les deux ans.

Les hémorroïdes sont fréquentes et le plus souvent bénignes. Ce qui doit faire consulter, ce n'est pas la gêne elle-même, c'est sa durée, son évolution ou un signe inhabituel. En parler à son médecin prend quelques minutes et lève souvent une inquiétude inutile.